Quentin, qu’ont-ils fait de toi ?

J’ai écrit ce livre, en mémoire de Quentin, qui aurait eu 25 ans le 15 Avril. Une manière de lui dire au revoir et de trouver la Paix. Mais aussi d’adresser aux familles et aux institutionnels un message de prévention et de questionnement pour que ça n’arrive plus aux autres.

http://www.laffont.fr/site/quentin_qu_ont_ils_fait_de_toi_&100&9782221196069.html

Deux mètres soixante-quinze

Sam, petit cousin de Quentin, a récemment écrit ce texte sur lui :

Petit, la personne qui m’a le plus marqué était mon cousin Quentin. Si je devais vous le décrire voilà ce que je dirais :

Il mesurait environ deux mètres soixante-quinze , aucun sport ne pouvait arrêter ce corps musclé, en particulier le football … Même Zidane n’aurait pas oser le défier ! Son teint haïtien et son visage saillant me rappelaient presque un demi-dieu grec, il avait ce genre de sourire qui ne peut que vous faire vous sentir bien … c’était son pouvoir magique.

En plus d’avoir ce physique impressionnant, Quentin était d’une gentillesse inégalable que ça soit envers les plus vieux ou les plus jeunes ; aussi sage que les trois petits singes et si je dois bien parler de quelque chose c’est son humour, le seul qui pouvait me faire rire jusqu’aux larmes.

Un rien de sa part me faisait plaisir, c’est pour dire, il aurait pu m’emmener faire du camping dans le fin fond de la Creuse que j’aurais été heureux. Malgré toutes ses qualités il ne croyait pas en lui, c’est quand même incroyable non ? Plus je grandissais plus sa taille diminuait au point de réaliser qu’il ne faisait qu’un mètre soixante-quinze, ce rythme là il redouterait même de rentrer sur le terrain face à moi et regretterait même de m’avoir si bien appris à jouer au football. Certes je ne le voyais plus avec mes yeux d’enfant mais la réalité ne m’a jamais déçu, encore aujourd’hui et pour toujours, il restera mon modèle. Il a mis la barre très haut.

 

La musique et le coeur

Témoignage de Dimitri, qui a eu la chance de connaître Quentin dans ses plus belles années. Il a comme beaucoup découvert son départ par les médias, et nous a exprimé son soutien ce pour quoi nous le remercions.
Je ne sais pas si vous vous rappelez de moi, je suis Dimitri, un ami de Quentin. La soirée Haïti du vendredi 12 février 2010, c’était nous deux. Je me rappelle encore le jour où il me dit : « j’ai envie de faire quelque chose pour Haïti ! ». En effet, la catastrophe naturelle avait dévasté cette île qui lui était chère. Et on a vu les choses en grand, de belles choses, avec de beaux talents, un grand spectacle caritatif. Un Succès !

Je tenais à m’excuser de ne pas avoir pu être présent samedi soir, j’étais en concert dans un restaurant à Aulnay-sous-Bois. Car oui, je joue de la musique, comme Quentin, une des nombreuses passions en communs qui nous a rapproché dès le début.
Mais à vrai dire, ce qui nous a tout de suite rapproché, c’est la fameuse liste de classe par ordre alphabétique. Roy, puis ensuite Schmit, on était sûr d’être voisin de classe au moins une fois par an. On a fait pratiquement toutes les classes du collège et lycée ensemble.
Mais c’est aussi et surtout le rire, la musique, le foot, le sport en général, la danse, les soirées, les loisirs en fait.
Quentin, qui m’a fait écouter Papa Roche. Quand je pense qu’il aurait adoré ce concert des Eagles of Death Metal au Bataclan, ou encore aller voir une belle victoire des bleus au Stade de France !

Je pourrais encore raconter tellement d’anecdotes sur votre fils, mon ami, toutes ces aventures ensemble, tous ces rires, tous ces matchs de foot, ces heures de perm à bosser ensemble… Quentin, c’était la joie de vivre, on savait qu’on allait bien se marrer, toujours le sourire aux lèvres.

Je voulais absolument vous contacter pour vous témoigner toute mon admiration pour votre courage et votre détermination. Je vous ai vu à la télé, je vous ai entendu, lu. Et Félix, j’ai compris tout de suite. Peu de personnes sauront que c’est son deuxième prénom, mais beaucoup savent que c’est quelqu’un de bien, tout comme sa famille et ses amis, qui sont et seront toujours là !

J’écris en ce moment même sur un air que vous connaissez forcément. Une mélodie qui sonnait à chaque fois que Quentin croisait un piano : la lettre à Elise. Aujourd’hui ce n’est pas une lettre pour Elise que j’écris mais pour vous, et pour Quentin. On se sent tous un peu coupable de la situation présente, et en même temps désemparé. J’avoue s’être perdu de vu après le Bac mais de là à imaginer un tel changement ?!

Ce message est un peu confus je l’avoue, l’émotion est grande et je me perds un peu dans mes pensées. Mais j’aurais au moins rappelé quelques beaux souvenirs d’un bon vieux pote.

Mes sincères amitiés

Le Foot et les enfants

Cette émouvante lettre a été écrite par le petit frère d’un copain d’enfance de Quentin, qu’il avait pris sous son aile en tant que second pour entraîner les jeunes pousses du club de Foot de Sevran.

Alors que nous tentions en vain de le convaincre de rentrer, en Novembre 2015 Lénaïc a tenu à ce que nous transmettions cette lettre de remerciement à Quentin. De ce que nous savons, il n’aura jamais pu la lire…

Salut Quentin,

Je t’écris ce message aujourd’hui car il m’est très important, de pouvoir te remercier.

Je souhaite vraiment te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi.

A un moment où je ne savais pas vraiment quoi faire, où je ne savais pas comment faire ce que je voulais, tu m’as beaucoup aidé, bien plus que tu ne l’imagines. C’est toi qui m’as montré ma voie mais sans me l’imposer juste en devenant une inspiration. Tu m’as alors pris sous ton aile et m’as révélé la façon de réussir. Et nous avons réussi, j’ai compris durant cette année avec toi que ce n’est pas la victoire qui compte mais ce que l’on transmet. Nous avons beaucoup partagé ensemble et bien rigolé aussi parfois. J’ai compris avec toi ce rôle social que nous devions absolument avoir avec les enfants, cette réelle bienveillance que tu avais avec eux qui est aussi rare que nécessaire.

« Eux » nos anciens petits, je les recroise souvent, ce sont devenus de bonnes personnes et presque à chaque fois ils me demandent de tes nouvelles ou me rappellent à quels points cette année avec nous, a été enthousiasmante.

Eux, qui comme moi garde en eux ton héritage, une soif de victoire et une certaine exigence.

Eux : Léo, Bastien, Souhaila, Aboubakar, Orhen, Malik, Dialla, Benjamin, Steevie, Kevin Boateng, Djibril, Killian, Marvin, Amine, Badr et Mael.

Mais il y a pleins d’autres jeunes à Sevran qui ont encore besoin de ton aide, tu sais que ce n’est pas facile pour eux. Je pense vraiment qu’il te reste encore beaucoup à apporter ici, à tous.

Tu as toujours été très, trop exigeant avec toi même, tu doutais de toi mais moi je sais que tu pourrais et que tu devrais devenir un grand entraîneur.

Et si aujourd’hui certains disent que je suis un bon entraîneur et bien je veux que tu saches que c’est bien grâce a toi.

Alors Merci Quentin !

Souvenirs au New Morning

Le 1er Novembre 2016, a été organisé un concert avec les amis et la famille, en souvenir de notre Quentin perdu puis disparu. Quatre groupes ont joué, dont deux cousins de Quentin Omran et Kevin, mais aussi Thierry son père, et deux de ses oncles Fabien et Gérard.

Durant ce regroupement réussi, ma mère Véronique a lu ce texte plein d’émotions dans une salle comble. Nous tenons à remercier toutes les personnes venues nous soutenir.

Nous voilà tous réunis, au New Morning en mémoire de Quentin. Thierry, son frère, toute la famille se joignent à moi pour vous remercier d’être là. Un grand Merci à Fabien Roy sans qui cette soirée ne serait pas.

Comme vous le savez, « new morning » veut dire nouveau matin, et j’aime à penser qu’il y a le jour et la lumière après l’ombre et la nuit. Ces nouveaux matins Quentin ne les connaîtra plus. Et pourtant c’est ce qu’il cherchait, le renouveau, pour une vie plus belle, plus juste, plus éthique. Comme, lorsqu’il a organisé une quête pour Haïti, l’ile de naissance de son papa. Mais, des prédateurs fanatiques, recruteurs obscurantistes ont illusionné Quentin comme d’autres, lui ont menti, au point de le faire partir en Syrie pour au final préférer la mort, contre laquelle pourtant il pensait lutter.

Tout cela est absurde, n’a pas de sens, à l’image de ces guerres politico-religieuses sans fin menées au nom de Dieu par des Hommes sans foi ni loi, qui tuent la jeunesse symbole d’avenir.

Bien sûr, cette date 1er novembre n’est pas anodine, on a coutume de rendre hommage aux défunts. Nos pensées iront en particulier vers toutes les victimes du terrorisme et de la radicalisation violente, qui peut conduire à détester quelqu’un qui vous ressemble mais qui ne pense pas pareil. L’Histoire du monde malheureusement est souvent une triste répétition de l’horreur dans l’intolérance. La France n’a pas été épargnée, qu’on se rappelle ce soir Charlie, l’Hyper Cacher, Nice, St Etienne du Rouvray et le Bataclan il y a 1 an.

Pensons s’il vous plait ce soir aux familles qui ont perdu les leurs.

Aujourd’hui ce qui a un sens, c’est nous, vous, unis et debout, pour montrer que la vie continue, qu’on peut vivre et faire ensemble. Car, chaque nouveau matin vaut le coup. Encore plus en musique.

Aussi, réjouissons-nous d’avoir connu Quentin, pleurons, mais soyons joyeux et dansons en souvenir de ce qu’il était : quelqu’un de beau et bon, qui aimait sa famille, ses amis, la musique, qui aimait la Vie tout simplement en somme. N’ayons pas peur et protégeons la vie. Et comme le dit la chanson «Bats toi, Suis ton cœur qui insiste, Résiste »

Merci.

Points de départ

Aujourd’hui et pour de longues années à venir, nous allons tenter de panser notre peine. Nous témoignons des ravages de l’intégrisme, de la destruction engendrée par la haine. Cette histoire triste, est malheureusement vraie. Qu’elle puisse au moins servir d’exemple, car nous nous devons d’apprendre de nos erreurs.

C’est le combat de mes courageux parents, qui semble avoir commencé il y a une éternité. Puisse-t-il servir de leçon, et empêcher d’autres Quentin de partir et de mourir pour rien !

À travers les yeux d’un grand frère dépassé, de part ces quelques mots, je tente d’y participer aussi.

Pour reconstituer une histoire, il faut un point de départ. Ici, cet aperçu de vie se raconte par une succession de départs.

Le 15 Avril 1992

Bonjour petit bonhomme ! Tu vois le jour, et ta petite famille n’attendait que toi. Une maman, un papa, et un grand frère, que demander de plus ? C’est un jour de fête, et le restera pour au moins deux décennies.

Tu vas grandir, t’épanouir dans  l’amour et dans la joie, le sport et la musique. Notre petite maison à Sevran est vivante, emplie de livres, d’instruments de musique, de tableaux, on ne manque de rien.

Tu te montres vite très énergique, rapide, actif. Très tôt, le foot devient une pierre fondatrice de ta vie. Pourtant, il te manquera toujours un peu de confiance, et la chance, pour faire d’un rêve d’enfant, ton projet de vie.

Tu as aussi ces peurs, ces angoisses, ces cauchemars qui t’empêchent de dormir. Mais ce n’est pas ça qui va t’arrêter en si bon chemin. Après tout, ce n’est surement qu’un passage de l’adolescence.

Dans la vie, on te connait dans un premier temps timide, puis drôle, malicieux et atrocement gentil. Ce n’est pas pour rien que tu es extrêmement attachant. Qui n’aime pas le joyeux Quentin Roy ?

D’ailleurs, tu plais, y compris aux femmes, c’est plutôt bon signe pour la suite. Après avoir obtenu ton BAC S à 18 ans, ton permis peu de temps après, tu te lances dans les études supérieures (Prépa Kiné, STAPS). Très vite, tu construis une relation sérieuse avec ta copine, vous formez un très beau couple, la famille Roy s’agrandit.

Bref, tu as bien grandi !

Septembre 2012

Tu es fier, tu veux nous annoncer quelque chose. Ça y est, tu as trouvé la réponse à tes questions. Pourquoi vit-on sur Terre ? que devons-nous y faire ? Le sourire  aux lèvres, un peu stressé, tu nous annonces soulagé que tu t’es converti à l’islam. Alors on l’accepte, car comme tu nous l’indiques c’est un choix intime, et ça ne changera rien à notre relation. Nous voilà soulagés, peut-être est-ce ta voie ? toi qui a toujours eu besoin de croire.

Les débats animent notre famille. Par exemple, « Quelles sont les preuves de l’existence de Dieu ? ». Ça vous fait une belle discussion sans fin, surtout entre deux forts caractères, l’un croyant, l’autre non.

Tu as raison pourtant, ces différences relèvent de l’intime et il faut se respecter. Elles ne changent rien entre nous, car on s’aime et c’est l’important.

Le 10 Avril 2013

Mamie Poussette est partie, il faut lui faire nos adieux. La fin a été difficile pour elle, et malgré la présence quotidienne de Papa pour s’occuper d’elle, ses derniers mois furent douloureux, pour nous.

Le jour de la cérémonie, tu es en retard. Tu n’arrives pas à trouver l’église depuis la gare. Un peu excédé, je sors de l’église, décidé à venir te chercher, avant de te voir à moitié caché, adossé contre le mur de celle-ci, en pleurs. « Qu’est-ce que tu fous bordel ? ». Tu baisses les yeux, et me dis, « Je ne peux pas entrer … pas pendant que les gens prient … je suis désolé ». Durant 15 minutes, je tente tout pour te convaincre, mais non rien n’y fait, tu n’as pas le droit ! J’y retourne seul, avec une peur qui monte en moi, une incompréhension qui me hante encore aujourd’hui. C’est un tournant, celui ou pour la première fois, tu fais un choix entre la religion et ta famille.

Le 22 Septembre 2014

Ta vie a bien changé petit frère. Il y a encore quelques années, tu respirais la vie.

Durant ces derniers mois, tu as arrêté tes études, tu t’es séparé de ta copine, et après avoir enchaîné les petits boulot tes objectifs te paraissent inaccessibles. Et puis, il y a ce reflet triste dans ton regard. Pourtant tu souris, mais les yeux ne savent pas mentir. On a passé un week-end ensemble, sans savoir que c’était le dernier. « Tu viens me voir à Lausanne après ton aller-retour en Allemagne ? », « Oui on verra » me répond-il. Tout allait bien entre nous, et cette accolade le dimanche soir avait le goût de revoyure, pas d’un adieu.

Le 20 Octobre 2014

En 2 mois, nous n’avons reçu qu’un message, d’une voix tremblante: « Ne vous inquiétez pas …je suis parti aider des gens … on ne m’a pas enlevé… je vous aime ….je vous rappelle bientôt ». On ne comprend pas grand chose, mais on sait que c’est grave. Tu n’es pas parti en Allemagne, 10 jours pour trouver une voiture, tu viens de faire la plus grosse connerie de ta vie !

Tu nous annonces, par un simple mail, les raisons pour lesquelles tu as décidé de rejoindre le Califat, pour vivre ta religion. On tombe de très haut. Au fond de moi, un lien se brise, un retour en arrière semble impossible.

Commence alors un combat, entre Salih, le croyant qui craint Dieu, et Quentin qui aime encore les « mécréants » que nous sommes selon tes gourous. Parfois, on pense parler à quelqu’un d’autre, à un robot qui répond par des sourates. Il arrive que tu nous envoies une photo, pour montrer que tu vas bien, mais les yeux ne mentent toujours pas ! Les contacts sont rares, les absences longues.

Avec moi, c’est plus compliqué. Je pense qu’on est de plus en plus fâché, les débats ne se terminent plus par une accolade, la distance n’aide pas. J’ai tout tenté pour te faire changer d’avis, jusqu’à te brusquer. Pourtant, après plusieurs mois sans réponse de ta part, tu te re-manifestes, comme pour ne pas laisser éteindre la flamme de l’espoir.

À chaque période de silence on oscille entre peur et espérance. Rien n’y fait, tu prends soin de donner de tes nouvelles et de rassurer tes parents, mais tu ne peux pas revenir.

Le 31 Janvier 2016

Toute la famille, ou presque, est présente. Pour ce dernier hommage, l’église est parfaitement remplie, à la place près. C’est une très belle cérémonie, tu aurais adoré la musique, du moins quand tu l’écoutais encore. Et oui, ça fait partie des choses que tu as progressivement mises de côté, la peur divine n’a jamais aussi bien porté son nom.

Alors on chante, on pleure, on s’embrasse, on t’adresse nos derniers discours, mais tu n’es pas là. Deux semaines plus tôt, nos parents ont reçu un message WhatsApp qui nous annonce le pire. C’est fini, et les larmes n’en terminent plus de couler.

Le 15 Avril 2016

Frangin, aujourd’hui on devait fêter tes 24 ans. C’était l’occasion de t’organiser une petite surprise, avec ta copine, tes amis, nos parents, notre famille, tous les gens qui t’aiment. On aurait pu même improviser un petit week-end au ski ? Mais depuis cette année, on sait qu’on passera cette journée sans toi, définitivement. Avec le temps, qui sait, on arrivera à rendre ce jour joyeux à nouveau. En attendant, on va se remémorer les 15 Avril du passé, car sur 24 on aura eu au moins 22 belles années.

Signé, un grand frère, une famille, des amis qui pleurent, et qui s’efforcent de rester debout.

Quand Un

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Pour Quentin le 31 janvier 2016. Qu’il repose en paix.
Ecrit et lu par sa tante Sophie inspirée par, à cause de et grâce à lui.

QUAND UN …

Quand un enfant naît, il a devant lui des années
Quand un enfant sourit, ses parents sont ravis
Quand un enfant s’envole, c’est un ballon qui décolle
Quand un enfant joue et crie, c’est la Vie
Quand un enfant grandit, c’est une chambre qui se vide
Quand un enfant apprend, c’est tous ses maitres qu’il surprend
Quand un jeune homme est parti, c’est un adulte qui se construit
Quand un nuage passe, c’est le soleil qui se cache
Quand un mirage nous trompe, c’est toute la vision qui s’estompe
Quand un monde s’écroule, c’est l’Histoire qui se déroule
Quand un pays agonise, c’est un flot de réfugiés qu’on stigmatise
Quand un peuple martyrisé succombe, c’est l’Humanité qui creuse sa tombe
Quand un destin désespère, c’est dur d’étouffer la colère sans rien pouvoir faire
Quand un texte est trahi, c’est l’esprit qui reste ahuri
Quand un mensonge déforme un songe, c’est le remords qui nous ronge
Quand un visage se dégrade, c’est en sanglot qu’on regarde le terrible présage
Quand un garçon s’égare, c’est sous notre regard effaré d’impuissance qu’à contre sens il part
Quand un si beau navire fait naufrage, c’est chavirant d’échouer dans le sauvetage
Quand un choix laisse un tel désarroi, c’est une loi bien cruelle même pour des rois
Quand un testament vient annoncer la fin du chemin, c’est dans le tourment qu’il faut l’accepter enfin
Quand un fils disparaît, c’est un lot d’absence et de silence qui effraie
Quand un cœur de mère souffre, c’est toute la Terre qui retient son souffle
Quand un père pleure, c’est tout à son honneur face à une telle douleur
Quand un frère demeure, c’est toute une famille qui assiste au malheur aux mille couleurs
Quand un couple se forme, c’est lui qui porte une promesse d’avenir énorme
Quand un éclair subsiste, c’est avec cette lumière que l’on résiste
Quand un courant d’air se déplace, c’est un ange qui nous enlace
Quand un voilier s’éloigne, c’est l’horizon dévoilé qui l’accompagne
Quand un rayon éblouit, c’est sous nos yeux ébahis
Quand un bonheur est prometteur, c’est l’arrachement qui écœure
Quand un rocher se souvient, c’est ton prénom qu’il contient
Quand un livre s’écrit, c’est aussi un peu chacun de nous qu’il décrit
Quand un poème part au large pour un autre voyage, c’est pour te rendre hommage
Quand un deuil doit se faire sans cercueil, ces feuilles seront ton linceul
Quand un ami meurt, c’est bien amer et odieux de devoir dire adieu à un gamin qui ne sera jamais vieux
Quand un appel fait que des Hommes au nom d’un Dieu s’engagent, qu’entendent-ils de la parole des Sages ?
Quand un tel séisme fait tant de ravages, il faut empêcher ce carnage qui nous prend tous en otages
Quand un chanteur dit qu’il n’y a que l’amour à s’offrir en partage
Quentin, c’est pour toi qu’il faut continuer à diffuser ce message avec courage
Quentin, c’est pour toi que nous avancerons pour dénoncer ce tragique saccage
Quentin, c’est pour toi que tous ces mots pleins de rage feront tomber les barrages
Quentin, c’est pour toi dans la richesse de nos métissages, que nous poursuivrons sans renoncer ce témoignage.